L’IA et l’économie numérique face à l’emploi humain

L’irruption de l’IA dans les entreprises est un phénomène récent mais les études prospectives de cabinets de conseil renommés commencent à en évaluer l’impact à moyen terme à hauteur de pourcentages significatifs d’emplois substitués. La robotisation est l’un des aspects de la « Révolution numérique » qui modifie en profondeur le tissu économique. On peut objecter que la révolution numérique est un phénomène général qui ne se confond pas avec le développement de l’IA. Pour saisir l’enjeu de l’IA il est toutefois nécessaire de se projeter dans un monde profondément transformé par le numérique. La numérisation de l’économie alimente le besoin en IA et du même coup, étend l’espace vital et l’aire d’action des organismes à IA. Numérisation et IA sont donc indissociables.

Or, la révolution numérique peut-elle créer de l’emploi ?

La théorie économique libérale affirme que les innovations techniques, tout en provoquant l’obsolescence et la disparition de certains métiers, entraînent la création de nouveaux types d’emplois. C’est à cette conviction, en partie historique, en partie idéologique, que peuvent être attribuées les politiques publiques en faveur du numérique (voir ci-contre). Si ce phénomène s’est incontestablement produit au XXème siècle, il est douteux qu’il puisse se poursuivre à moyen terme, compte tenu de la nature même du changement technique impliqué par la révolution numérique.

D’une part en effet, il devient de plus en plus difficile à l’ingéniosité humaine d’imaginer de nouvelles formes de services face à la compétition de l’Intelligence Artificielle, qui investit chaque année, et de plus en plus vite, de nouveaux domaines de compétence. On peut par exemple déjà prévoir que le métier de programmeur d’applications mobiles, très en vogue aujourd’hui, va disparaître lorsque la programmation sera réalisée par des IA de type Watson. Quant au processus selon lequel l’IA permet d’abaisser le niveau de qualification requis de la part des opérateurs humains, il n’est pas sans poser question, ainsi que nous le verrons plus loin.

D’autre part, l’économie numérique, comme le montre l’économiste Nicolas Colin, se fonde en grande partie sur le modèle du monopole, qui empêche la coexistence de plusieurs prestataires de services concurrents. Il y a donc une concentration extrême de l’emploi dans les rares entreprises qui parviennent les premières à la situation de monopole ou quasi-monopole.

Pour Nicolas Colin, « le problème est que la transition numérique ne peut, en l’état actuel du débat, être présentée comme un remède au chômage. Au contraire, le développement de l’économie numérique détruit des emplois. Les filières qui y ont déjà été confrontées l’ont donné à voir aux élus comme aux électeurs, parfois dans des conflits médiatisés. Les économistes confirment ce que tout le monde redoute : la majorité des emplois sont menacés à terme par la transition numérique de l’économie, en particulier par le développement spectaculaire de la robotique et de l’intelligence artificielle. »

Si ce spécialiste du numérique préconise de favoriser les start-ups du numérique en France, c’est pour éviter que notre pays ne fasse que subir les destructions d’emploi occasionnées par les entreprises numériques étrangères, et puisse à son tour en infliger aux autres ! Dans ce programme économique, selon lequel nous serions forcés de devenir bourreaux pour ne pas demeurer victimes, on est loin des modèles libre-échangistes où la concurrence internationale et la main invisible du marché créent de la croissance et de l’emploi pour toutes les nations. Il s’agit ici de se battre pour arracher le plus possible d’un emploi dont la quantité s’amenuise d’année en année.

 

 

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