L’opposition à l’IA aux Etats-Unis

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L’opposition à l’IA aux Etats-Unis

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Nous avons reçu dernièrement un message de Peter Lumsdaine, fondateur de l’ARROWS – Alliance to Resist Robotic Warfare and Society – et habitant de Seattle.

Peter nous informe que son association cherche à sensibiliser le public aux dangers de l’IA, et que c’est avec un grand plaisir qu’elle a appris, au cours de recherches sur Internet, l’existence de l’AFCIA.

Peter est engagé notamment dans la dénonciation des drones et autres armes autonomes, dont il a personnellement pu constater les méfaits lors de plusieurs déplacements dans des pays en guerre. Nous publions ci-dessous l’article, paru dans le Times en avril 2015, dans lequel il évoque la Conférence de Princeton de février 2015 sur les armes autonomes.

 

Lors de mon voyage de Seattle au New Jersey pour participer à la première Conférence Interconfessionnelle sur les Drones militaires qui avait lieu à l’Université de Princeton, j’étais constamment hanté par les souvenirs de mes précédentes visites dans des zones de guerre du Mexique et d’Irak. Dans les allées enneigées de Princeton, mes pensées s’échappaient sans cesse vers les villages de sable de la Sierra Madre, les étroites ruelles de Nadjaf ou les sinistres taudis en béton de Bagdad-Est.

Lorsque nous nous rendîmes dans les communautés chiites, sunnites et chrétiennes de l’Irak en guerre, mon épouse Meg – qui est pasteure mennonite – et moi-même, fûmes tous deux frappés par la vivacité de leurs traditions culturelles ancestrales. Pourtant, l’ère de la guerre robotique, dont nous ignorions tout alors, avait déjà débarqué en Mésopotamie, sous forme de robots terrestres rôdant dans les rues en terre battue et les arrière-cours,  et de drones tournoyant dans le ciel du désert à la recherche de cibles. Ces derniers furent bientôt suivis par les Predator, ces drones américains sans pilote qui lancèrent leurs missiles Hellfire sur les quartiers délabrés des rebelles chiites – bien que ceux-ci comptassent alors parmi les adversaires les plus résolus d’Al-Qaida et de l’Etat Islamique au Moyen-Orient.

A la Conférence nationale, en février 2015, cent cinquante délégués chrétiens, juifs, musulmans et sikhs firent l’état des lieux de la guerre de drones et débattirent des problèmes moraux que pose cette forme radicalement nouvelle de tuerie high-tech qui se répand actuellement sur la planète, dans une course aux armements robotiques toujours plus nombreux, mortels et autonomes.

Le Bureau du Journalisme d’Investigation, une ONG connue pour son impartialité et sa rigueur, dénombre 2866 personnes tuées par des frappes de drones américains dans les seuls pays du Pakistan et du Yémen, dont plus de 481 civils non-combattants, parmi lesquels au moins 176 enfants. 2% seulement de ces 2866 tués étaient des activistes à forte valeur stratégique. Par ailleurs, le Centre d’Etudes et d’Analyses Navales montre qu’en Afghanistan, les drones ont dix fois plus de chance de tuer des civils que les avions à pilote.

Lorsque l’on parle de combattants à pied déguenillés, de familles civiles ou d’enfants touchés par des missiles Hellfire de Lochkheed Martin tirés par des drones en embuscade, on a tendance à oublier que cela veut dire des individus éventrés par des éclats de shrapnel ou brûlés vifs par le feu des explosifs. Les survivants s’en tirent souvent avec des mutilations horribles et des souffrances sans remède.

Une « Guerre contre le Terrorisme » menée par la terreur venue du ciel est une absurdité et un échec moral absolu.

C’est aussi une impasse, d’un point de vue tactique, parce qu’elle nous fabrique des ennemis inexpiables plus vite qu’elle ne les élimine.

C’est pourquoi les responsables des différentes confessions qui se sont assemblées à Princeton ont appelé le gouvernement américain à cesser immédiatement l’usage des drones armés et des drones tueurs.

Les frappes de drones constituent seulement un tout petit aperçu de la guerre robotique qui risque de se généraliser dans notre « meilleur des mondes » du vingt-et-unième siècle, si nous laissons les tendances actuelles perdurer et même s’accélérer. Déjà, au sein même des Etats-Unis, les drones participent de la surveillance gouvernementale au titre de la sécurité intérieure. Les dollars du contribuable américain servent à subventionner la surveillance par drones mise en place par des gouvernements corrompus au Mexique et en Colombie où, derrière le paravent de la lutte contre le narco-trafic, elle facilite la répression de l’agitation paysanne et de la résistance locale au pillage des ressources minières par les conglomérats.

Pour Denise Garcia, professeur de Relations Internationales à la Northeastern University de Boston, les drones et robots terrestres actuels sont les « précurseurs des nanobots et autres humanoïdes tueurs dans le style de Terminator ». C’est pourquoi la conférence de Princeton a appelé à interdire en urgence, et au niveau mondial, les armes autonomes et semiautonomes, telles que le prototype X-45 de Boeing.

Du physicien Stephen Hawking à l’informaticien Bill Joy, de nombreux experts affirment que si l’Intelligence Artificielle poursuit son développement, elle pourrait rapidement sortir du contrôle humain. Le fondateur de Tesla, Elon Musk, qualifie quant à lui le développement de l’IA d’« invocation du Démon ».

Nous devrions garder en mémoire ce discours prophétique de Martin Luther King contre la guerre du Vietnam, en 1967 :

« Lorsque les machines et les ordinateurs, les profits et les droits de propriété sont considérés comme plus importants que les hommes, les trois hydres que sont le Racisme, le Matérialisme et le Militarisme sont invincibles.

La décision nous appartient. Et même si nous préférerions ne pas avoir à le faire, c’est pourtant bien à nous de décider en ce moment crucial de l’histoire humaine. »

 

Nous nous réjouissons de ces premiers contacts avec nos amis d’Outre-Atlantique, qui préludent à la constitution d’un réseau international de lutte contre l’Intelligence Artificielle.

 

 

 

 


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