Cerveaux en bocal – Le scandale des bio- ordinateurs à base de neurones humains

Des neurones humains sur une puce de silicium. Image Cortical Labs

Le cauchemar décrit par Philip K. Dick dans « Ubik » est en train de se réaliser. Ce ne sont plus seulement des cerveaux humains qui sont mis en conserve, ce sont désormais des ordinateurs à base de neurones humains qui sont commercialisés par une start-up de biotechnologie basée en Australie.

La société de biotech Cortical Labs, basée à Melbourne, vient de commercialiser en mars 2025 un ordinateur intégrant des neurones humains cultivés en laboratoire. Nommé « CL1 », il ouvre selon elle la voie « à une nouvelle ère de l’intelligence artificielle, combinant biologie et silicium pour des applications médicales et technologiques inédites. »

L’appareil est proposé à la vente à partir de 35 000 euros. Une commande peut être faite par tout un chacun sur le site de Cortical Labs. https://corticallabs.com/purchase

Le CL1 utilise des neurones humains cultivés à partir de cellules souches, placés sur une puce en silicium équipée d’électrodes. Ces électrodes envoient et reçoivent des signaux électriques, créant une interface entre le réseau neuronal biologique et le système informatique. Cette symbiose permet « une communication fluide et une adaptation rapide des neurones à leur environnement simulé ».

Selon ses promoteurs, l’utilisation de neurones humains permettrait de réduire considérablement la consommation d’énergie par rapport aux puces de silicium. Ce serait donc le moyen de réduire l’énorme consommation d’énergie des data centers mis au service des IA. « Contrairement à l’IA traditionnelle, nos systèmes neuronaux nécessitent un minimum d’énergie et de données d’entraînement pour maîtriser des tâches complexes »

À vrai dire, l’utilisation de neurones humains pour développer des bio-ordinateurs n’est pas nouvelle, mais jusqu’à présent, elle a été réalisée par des laboratoires de recherche à titre expérimental. La nouveauté (outre les performances annoncées, invérifiables pour le moment) réside dans le fait qu’un bio-ordinateur est désormais proposé à tous les acheteurs intéressés.

Ce nouveau pas franchi dans l’hybridation homme-machine ne peut qu’inquiéter tous ceux qui se préoccupent d’éthique. Qui ne voit le potentiel de produire de véritables hybrides hommes-machines, des Cyborgs ? Pendant qu’Elon Musk essaye d’établir avec Neuralink une connexion directe entre cerveaux et ordinateurs, d’autres, totalement inconscients, implantent des neurones dans un ordinateur de silicium. Et cela passe inaperçu et ne provoque pratiquement aucune réaction dans l’opinion publique, contrairement à ce qui s’était passé lors des premiers essais de clonage humain.

Mais est-ce bien légal ?

La Convention d’Oviedo (1997), officiellement appelée Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine, établit des principes éthiques et juridiques relatifs aux droits humains en matière de biomédecine et de biotechnologie. La Convention souligne le respect de la dignité humaine, le consentement éclairé, et interdit la commercialisation d’organes et de tissus humains. Plus précisément, son article 21 précise que « Le corps humain et ses parties ne doivent pas être, en tant que tels, source de profit »

Le Protocole Additionnel à la Convention d’Oviedo sur la Protection des Droits de l’Homme et la Biomédecine, relatif au Clonage Humain (2001) interdit le clonage humain à des fins reproductives, renforçant les principes éthiques déjà établis par la Convention d’Oviedo.

À ce titre, la commercialisation de cellules souches et d’appareils basés sur ces cellules devrait être interdite. Malheureusement, tous les pays n’ont pas ratifié cette Convention (notamment l’Australie). La Suisse, qui l’a signé mais pas ratifié, autorise la recherche sur les cellules humaines pour des raisons médicales. Pourtant, c’est chez elle qu’une autre start-up, Final Spark a a récemment annoncé le lancement d’une plateforme de cloud computing pas comme les autres, et pour cause : elle est construite autour d’un bioprocesseur composé de 16 mini-cerveaux humains synthétiques qui ne peuvent ni penser ni ressentir quoi que ce soit, mais tout de même fonctionnels. Quel rapport avec la recherche médicale ? Mystère.

C’est toujours la justification médicale qui est donnée au départ par les apprentis sorciers qui développent ces techniques. Mais on voit bien que très vite, les intérêts commerciaux (y compris ceux des labo pharmaceutiques) vont imposer leur utilisation à des fins économiques, en l’occurrence, afin d’accélérer la folle course de l’IA.

À quand une nouvelle convention internationale pour interdire l’hybridation homme-machine ? Elle est plus qu’urgente.



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