Une élève de prépa nous écrit : Je suis horrifiée. On a arrêté de réfléchir, d’aimer, de créer

Je suis assez horrifiée par la montée de l’IA car j’y vois une abolition de la créativité humaine (du moins pour cette société, cette notion n’a aucune valeur) ainsi qu’un anti-intellectualisme préoccupant. J’aimerais que les gens voient les désastres d’un monde régit par l’IA tel que je les vois, j’aimerais générer un prise de conscience globale.. juste ne pas rester dans un état de léthargie devant cette catastrophe qui s’abat violemment et si rapidement sur nous tous. 

Le monde tombe en décrépitude. Je n’arrive plus à me trouver en adéquation avec cette société qui parle une langue qui n’est pas la mienne. Je n’arrive pas à m’y mouvoir. Et si j’y arrivais, ça serait faire semblant. Je me dis qu’il aurait fallu avoir mon âge il y a 46 ou 56 ans. Mais il aurait aussi fallu mourir jeune, assez jeune pour ne jamais entrevoir les horreurs d’une époque qui annihile progressivement la part de l’homme qui aimait réfléchir et ressentir. Je contemple cette vision de moi-même: une intruse de la foule. Je sais qu’il y en a d’autre comme moi. Mais nous n’avons pas de combat. Nous sommes trop
faibles – sûrement – pour lutter. On demanderait une raison à nos doléances. Qui saurait leur expliquer ? leur faire comprendre.

Je pense à ces camarades de prépa. Ils seront ingénieurs, ils seront à la Silicon Valley ou à la Défense. Ils auront une fonction. Ils seront heureux, peut-être, ou bien pas. Peu importe. De toute façon, ils ne sauront pas. Ils n’y penseront pas vraiment. Ils ne penseront rien. Ils ont de la chance. Moi je pense trop et mes pensées regorgent de détestation et de haine. Moi je suis figée. Je refuse cette évolution qui me dévore le cœur et l’âme. Le concept d’évolution est sali par cette docilité commune. L’appât du gain aura été le courant fiévreux et violent qui précipita l’humanité dans un gouffre. Un pole abstrait mais aveuglément idolâtré. Sans fondement, le concept d’un monde baignant dans l’intelligence artificielle s’est érigé comme un Néo-paradis. Pour moi c’est un enfer et les apôtres technolâtres qui vous nourrissent de prophéties sont pour moi des monstres.

J’ai pensé à l’idée d’écrire: de la musique ou un livre. Je me suis dit que certains y verraient une réalité qu’ils ont jusqu’ici cherché à fuir. Je me suis dit que dans les mots et l’émotion, il y avait l’espoir de leur faire comprendre, de leur faire ressentir ce que la société a perdu et ce à quoi je me rattache violemment comme si tout n’était pas vain. Je voulais écrire mais je crois que c’est inutile car mes innocentes paroles se noieraient. Les cris et la rage que tout le monde perpétue ont déjà pris le dessus. Ils acclament aveuglément le capitalisme et l’abêtissement avec l’intensité que j’aurais déployée pour vous supplier de ne pas vous perdre et sombrer.

Mon hyper-conscience m’a menée à me fondre dans une bulle qui englobe tout ce qui est antagoniste à ce monde qui me dégoûte. On a arrêté de réfléchir, on a arrêté d’aimer, de créer. Mes livres et mes CD, les cinémas et les journaux, mes pages remplies d’encre et de douleur, la révolte et la créativité, sont déjà morts.

C’est triste car je me vois si déphasée dans ce monde qui avance, tellement opposée à l’idée d’aller le suivre. Mon combat n’a pas de sens, ce n’est qu’un caprice. Et puis au fond, puisque rien n’est vraiment important, pourquoi mon plaidoyer pro-intellectualisme – cri de désespoir – aurait-il plus de valeur que les principes autour desquels notre société s’est construite?
Je ne veux pas finir comme l’homme du film que j’ai vu hier: « Un homme qui dort ». Ça m’a fait peur. J’ai certes conscience d’être bien différente de lui: Lui, tend à l’indifférence et moi, je ne suis pas indifférente. Pourtant, nos positions dans le monde sont semblables. Les structures de nos fonctionnements sont isomorphes et cela s’explique par le fait que nous sommes parmi les individus du refus.

Je me dis que puisque tout est déjà perdu, autant me fondre dans mes arts. Autant apprendre les mathématiques et en faire jusqu’à ce que mon cerveau en saigne. Et ce même si les systèmes informatiques ont déjà toutes les réponses que je m’entêterai à trouver. Apparemment, même les mathématiciens ont oublié que ce n’est pas le produit ou la preuve qui importe. Ce ne sont pas les réponses en soi, qui les ont conduits aux mathématiques. C’est ce qu’ils ont ressenti en s’en saisissant. C’est le plaisir qui a fait enfiévrer leur corps lorsqu’ils ont compris, lorsqu’ils ont vu le fruit de leur rêveries déchaînées raisonner dans ces lettres et symboles.

Pas encore, mais un jour sûrement, les musiciens oublieront le séisme provoqué en eux par les notes, les paroles, et les silences trop habités. Les écrivains oublieront le retentissement topique et hyper spécifique d’une formulation ou du sens qu’ils déposaient dans l’usage de tel ou tel mot. Les artistes oublieront qu’ils ne voyaient pas sur les peintures, que des couleurs, mais qu’il y décelaient une dualité implicite: L’harmonie muette d’un tableau (comme si jamais peint, jamais conçu) n’ayant révélé rien
d’autre que la traduction immédiate des ses formes et ses teintes, finira toujours par accorder à chaque trait, le droit de laisser entrevoir les gestes vécus d’un homme sur sa toile. Ils oublieront qu’il vivaient l’art autant qu’ils vivaient l’artiste, et que c’est dans cette synesthésie subtile de l’anonymat et de la trahison de l’être, qu’ils recouvraient enfin du sens.

Tous oublieront je crois, mais je me rappellerai pour eux, que l’art pour l’homme est une décision ou une urgence interne, une production lente et méditative ou bien le dévoilement compulsif d’une identité.

Inès, 17 ans

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1 commentaire

  1. Ce qu’Open Ai souhaite n’a rien de très réjouissant. https://mediacopilot.ai/openai-ai-device-2026-jony-ive-davos/ Des wearable fonctionnant à Chat Gpt le tout connecté en 4g et 5g censé remplacer le fameux smartphone. Cela va aussi dans le sens de l’asservissement au smartphone chez bon nombre de personnes aussi malheureusement. Prétendre que le techno-solutionnisme via l’IAg va tout résoudre c’est se mettre le doigt dans l’œil en effet. S’il y a une grande différence entre l’IA et l’être humain c’est que le second ne sera jamais mieux servi que par soi-même quand la première est parfois bourrée d’erreurs selon certains usages parfois dangereuses voir pire encore… L’IA ne saurait remplacer un intellectuel ou un artiste seulement l’épauler mais à la limite tant d’outils numériques existent déjà bien avant le développement de l’IAg mais les avons-nous autant exploiter sinon plus? Je n’en suis pas certain d’autant plus que la Mao et la Pao ne se sont jamais substituer aux musiciens, aux journalistes ou aux plasticiens bien au contraire. Il est vrai qu’en terme de production, le numérique a un impact important aussi mais le papier vit encore via des livres, journaux, revues et affiches. Le numérique est facilement maîtrisable suivant son évolution et le sera encore mieux si le développement de l’Iag est arrêté à temps soit peu pour permettre au mieux aussi l’évolution créative et des capacités intellectuelles de chaque être humain à condition toutefois de ne pas être asservit à la machine…

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