De l’intelligence artificielle bisounours

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De l’intelligence artificielle bisounours

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Comme tout le monde – sans doute un peu plus que tout le monde, d’ailleurs – les partisans de l’intelligence artificielle connaissent leur petit bout de Gramsci. Ils savent que les batailles politiques se gagnent d’abord sur le terrain culturel. Le film d’animation Les nouveaux héros (2015), création Disney tirée d’une BD Marvel, le prouve, sans prendre de détours, avec une franchise assez déconcertante.

L’histoire : Hiro, un jeune prodige de la technologie, déprimé par la mort de son frère, forme une nouvelle bande de super-héros avec les amis du défunt pour démasquer un méchant. Ils seront épaulés par Baymask, un « assistant personnel santé » conçu par le frère avant son décès accidentel.

Tout le catéchisme de l’IA est là, effeuillé chapitre par chapitre : la mondialisation heureuse avec la ville de San Fransokyo, jumelage concret de San Fransisco et Tokyo ; l’esprit start-up comme voie royale vers la réussite (royale et particulièrement ouverte, où tout le monde aurait ses chances à condition bien sûr d’avoir du génie, ce qui mine un peu le message égalitaire…) ; l’homme du commun qui devient un super-héros grâce à sa maitrise technologique et, enfin, l’intelligence artificielle gentille, au service des hommes, le robot bisounours. « Nous voulions un robot câlin, » résume Don Hall l’un des réalisateurs. Et Baymask, sorte de croisement entre Bibendum et le fantôme Casper, inspiré par des prototypes de robot en vinyle, « fait le job » comme personne. Une sorte de « doudou » dont l’intelligence ne demande qu’à progresser. Le jeune Hiro augmente d’ailleurs ses capacités tout au long du film. Le robot – pardon, l’assistant médical personnel – d’abord un peu ignoré par les hommes, leur devient utile, puis indispensable pour finir par s’imposer comme leur arme fatale. Dans les dernières scènes, il enfile une armure. En deviendrait-il inquiétant ? Rejoindrait-il Terminator et les robots d’antan ? Surtout pas ! On y a veillé : « il devait produire un effet intimidant et très puissant mais, en même temps, rappeler le robot en vinyle adorable qui se trouve en dessous, » précise Chris Williams, le deuxième réalisateur. Manquerait plus que l’on se pose des questions sur les intentions de Baymask…  Il est gentil, vous dit-on, même si ses pouvoirs finissent par surpasser ceux des humains. Les scénaristes lui ont même prévu une faiblesse pour rassurer tout le monde avec une scène où sa batterie se décharge. Comme le diable est dans les détails, le très mauvais groupe Fall out boy a composé un morceau pour la BO du film. Son titre ? Immortals. Oui, au pluriel, tous immortels. Tout est dit, scénarisé, réalisé avec un immense talent. Et quand on se retourne vers la gamine de 11 ans qui vient de regarder le film, elle lâche avec enthousiasme, debout sur le coussin de son fauteuil : « trop bien, surtout le robot ! » Oui, la guerre est culturelle. Et elle est déclarée.