Ce n’est pas un n-ième bouquin expliquant comment rendre l’IA politiquement correcte, comme si c’était l’alpha et l’oméga de la pensée éthique – et ça l’est sans doute pour les services juridiques de Facebook – mais une véritable réflexion sur l’IA à la lumière de la philosophie classique.
Nous la devons à Pierre-Louis Boyer, maître de conférences à l’Université du Mans. Elle tombe à point nommé, au moment où l’IA cesse de faire consensus, au moment où le fleuve grossi des conséquences désastreuses de ce fléau commence à ébranler les certitudes et secouer la torpeur générale.
Sous-titré Contra artificialem intelligentiam, ce qui ne pouvait nous déplaire, cet essai examine en profondeur deux risques éthiques fondamentaux : 1) la privation de la connaissance (puisque l’IA s’interpose entre le sujet et la connaissance) ; 2) la confusion de la quantité et de la qualité (puisqu’elle confond le vrai et le probable).
Pierre-Louis Boyer montre ensuite comment l’IA nous détourne du Bien Commun en nous isolant des autres.
La conséquence de l’IA est la suivante : l’homme n’est plus un être de relation mais un électron libre, atome individualiste dans une société globale. […] Des particules sans lien entre elles, dans un grand sac… le monde n’est plus qu’un grand aspirateur.
La dernière partie du livre intéressera plus particulièrement les croyants, puisqu’il traite de l’éthique chrétienne. « En quoi une technique qui empêche l’homme de tendre à la réalisation de sa nature (rationnelle et relationnelle) est-elle éthique ? » Si l’auteur relève que la réponse de l’Eglise n’a pas toujours été claire, sa discussion du contenu de l’ultime message du pape François sur l’IA (Antiqua et Nova, 2025) est passionnante et ne peut qu’aiguillonner une réflexion dont la récente encyclique de Léon XIV (Magnifica Humanitas, mai 2026) constitue le dernier en date des jalons.
« Servir l’éthique face à l’IA » de Pierre-Louis Boyer, éditions OVADIA
Prix : 20 €
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