Une graphiste alerte: son métier est menacé par l’IA

Gaëlle Sainte-Marie a créé son agence de communication en Auvergne il y a 15 ans. Elle nous alerte sur le risque de voir son métier de graphiste disparaître sous l’effet de l’IA :

« J’ai développé au fil des ans ma clientèle, en travaillant pour des PME de la région, des commerçants, des entreprises, des collectivités. Je les accompagne stratégiquement et techniquement dans le développement de leur communication marketing et graphique (logo, affichage, prospectus, signalétique, etc.). Je personnalise mes productions pour qu’elles correspondent à l’esprit de l’entreprise ou de la collectivité. Mais j’ai constaté en 2025 une chute très nette de mon chiffre d’affaires, car nombre de clients ont décidé de produire eux-mêmes leurs visuels avec l’aide de l’IA. En plus, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, qui devrait nous défendre, organise des formations pour encourager encore plus l’utilisation de l’IA, coulant ainsi les métiers de la communication. Pour ma part, j’ai décidé de ne pas utiliser l’IA, malgré la pression, car le caractère sur-mesure et artisanal de mon activité, qui se traduit par un style personnel, est aux antipodes des contenus standardisés générés par l’IA.  Je ne veux pas me retrouver esclave de l’IA, à produire du contenu standard et sans caractère, à la chaîne. Tout le plaisir de mon métier découle de sa créativité. 

Beaucoup d’autres métiers sont concernés : traducteurs, journalistes, commerciaux… La liste serait longue. Recourir à l’IA n’est pas recourir à un outil, car l’IA n’en est pas un ; c’est œuvrer à son propre remplacement ou à celui d’autrui, au prétexte que cette nouvelle technique serait « pratique » et permettrait de « réduire les coûts ».

Comment faire pour que notre métier ne figure pas sur la liste des espèces en voie de disparition ? D’abord faire la différence entre outil et technique de substitution. Puis bien voir que seule une vue à très court terme permet de croire qu’on ne sera pas les prochains sur la liste des mis au rencart par l’IA, à l’image de ceux qui ne font pas le lien entre l’essor du commerce en ligne et la fermeture des boutiques dans les villes transformées en déserts. Ce n’est pas la première fois qu’une technique nouvelle menace de disparition tout un ensemble de corps de métier, comme, par exemple, les typographes dans les imprimeries, et bientôt les infographistes. Sauf qu’en tant que travailleurs indépendants, nous avons le choix. Le choix du respect mutuel et des compétences, des relations humaines qui se tissent à travers des échanges commerciaux de personne à personne.

Pour ma part, je pense qu’il est important de développer une stratégie constructive. C’est ce que je fais en axant mon activité autour d’un  travail personnalisé, respectueux de l’environnement et donc responsable, éthique parce qu’adapté aux besoins de mes clients, et humain parce qu’il s’inscrit dans une relation à moyen et long terme. Nombre de partenaires sont sensibles à cet aspect, qui d’ailleurs n’est pas un luxe réservé à quelques nantis. D’autres le sont moins. Il est aujourd’hui vital de créer un mouvement de sensibilisation autour de ces enjeux. Gardons à l’esprit que la course aux coûts de production les plus bas signifie, à terme, l’appauvrissement de tous les acteurs de l’économie et leur abaissement au rang de presse-boutons. »

Deux directions peuvent être envisagées pour résister : la première, c’est que les professionnels se regroupent en associations ou syndicats pour faire valoir leurs droits et leurs intérêts. Je vois que beaucoup de mes collègues sont inquiets et disent refuser l’IA, mais cela reste au niveau individuel. Sans organisation collective, il ne se passera rien. L’AFCIA peut être un premier espace où ceux qui se sentent concernés puissent se retrouver.

La seconde, c’est peut-être de nouer des liens au sein des territoires pour défendre les producteurs et entreprises locales, qu’il s’agisse d’agriculteurs, de commerces de proximité, d’artisans, de services locaux. 

Si vous souhaitez échanger avec Gaëlle, vous pouvez la contacter à l’adresse : contact@agence-coom.fr


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4 Comments

    1. Merci de nous avoir signalé cet excellent article ! Effectivement un crash boursier de l’IA est prévisible, et comme d’habitude on fera payer aux États et aux citoyens la facture, pendant que quelques multinationales deviendront encore plus fabuleusement riches. N’hésitez pas à en faire un résumé que nous pourrions publier.

  1. Ton texte sonne très juste, j’espère vraiment qu’on arrivera à résister collectivement… Comme toi, j’essaie de faire valoir l’importance de la dimension humaine, du savoir-faire artisanal et de la créativité authentique, mais ça devient de plus en plus difficile à faire valoir dans ce contexte de chaos économique et d’accélération de la fuite en avant technologique. Mais je tiens bon, et j’ai signé ce manifeste d’objection de conscience : https://atecopol.hypotheses.org/13082

    Oui, les traducteurs ont essuyé les plâtres, la situation devient critique, voire dramatique, et oui, les institutions, au lieu de nous aider, nous précipitent encore plus vite dans l’abîme… Entre les formations « Faire ses premiers pas avec l’intelligence artificielle » proposées par France Travail, ou par exemple, ça : https://enchairetenos.org/artistes-auteurices-doccitanie-apprenez-avec-un-bucheron-a-scier-la-branche-sur-laquelle-vous-etes-assis/
    on court à notre perte !
    Je pense que sans trop exagérer, on peut parler de fanatisme de l’IA, à ce stade…

    Moi aussi, en découvrant l’AFCIA il y a 2 ans, je me suis sentie écoutée et j’y ai trouvé un espace d’expression ! Mon témoignage (de sous-titreuse) a été publié en juillet 2024

    Force et courage

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